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Fontaines Horloges Silencieuses Double Sens Collimateurs Table d'Écoutes Vis ta mine


V I S   T A   M I N E !

Claudie Lenzi

Pole Culturel des Comtes de Provence, Brignoles
18 mars - 18 mai 2011

Ce projet est né de ma volonté d'inscription dans un territoire. Sillonner les lieux afin d'y restituer, par une démarche artistique et poétique, la mémoire qui s'efface, plus particulièrement la mémoire ouvrière.
Vis ta mine ! met en scène mes préoccupations de femme, d'artiste et de poète face à cette mémoire, qu'elle soit visuelle, scripturale ou orale.
Après vient le temps du faire, dans le creuset qu'est l'atelier.
Provoquer l'alchimie pour restituer et donner à lire et à voir ce qui m'a profondément touché dans ces rencontres avec les mineurs et leurs épouses, dans ce collectage d'images et de mots engrangés depuis le mois d'octobre 2010.
Transformer ce patrimoine immatériel comme un minerai, grâce à un travail plastique et poétique contemporain, in situ, inédit : c'est-à-dire une installation et une écriture performative en relation directe avec le territoire abordé et les femmes et les hommes qui l'ont occupé et qui l'occupent encore.


Les œuvres fabriquées permettent de visualiser et d'appréhender cette mémoire dont il ne reste, aujourd'hui, plus de traces, et de susciter dialogue et débat entre les générations anciennes qui ont vécu ce travail et les nouvelles qui l'ignorent.
Le travail montré aujourd'hui prend la forme d'installations de bauxite et d'aluminium, dans lesquelles sont présentés des objets circulaires, sortes de « Puits et puis… » de hauteurs et de diamètres variés, posés au sol, et certains animés, donnant à voir et à lire.
Ces installations contemporaines, sorte de clin d'œil poétique, témoignent de la mécanisation d'une activité passée en relation étroite avec l'identité du lieu, de celles et de ceux qui l'ont fait vivre. Dans ces installations sont intégrées les images et les voix des anciens mineurs et de leurs compagnes, collectées en amont et celles des enfants qui s'expriment sur un passé révolu.
Un texte, que je crée en hommage à la mémoire du mineur et au travail dans la mine, accompagne l'exposition pour une lecture publique lors du vernissage.

Photographies Jean-Pierre Cousin, Joëlle Mons, Éric Blanco
Claudie Lenzi

- Puits 1- faible descente
Diamètre 50, longueur 300 Bauxite et écran images, sons

La voie d'accès aux mines de bauxite était le plus souvent en faible descente et quelquefois verticale à l'instar des mines de charbon.
Au fond de ce puits, une série d'images qui révèlent le rapport à la condition alimentaire des mineurs : les premières grèves furent des grèves revendiquant une alimentation minimum pour ce travail de force.
Les images sont réalisées grâce à des ustensiles alimentaires, en l'occurrence une dînette : jouets d'enfant fabriqué en aluminium et datant de l'époque de ces premières grèves.

Claudie Lenzi

- Puits 5- « …que l'on voit danser le long… »
diamètre 30, longueur 180 Bauxite, alu, gazon, lumière, moteur, balle de golf
La fourmi travailleuse, toujours présente dans la terre et dans l'herbe,
Dans chaque trou du tourniquet, des syllabogrammes à recomposer pour faire naître une phrase.

Claudie Lenzi

-- Puits 6- « des mots passants »
diamètre 40, longueur 180 Bauxite, alu, moteur, lumière
Jeu de mots syllabique qui met en scène l'intitulé de l'installation « trou de mémoires » et « vis ta mine »,
Chaque lecteur peut composer une phrase et créer un texte en associant les mots passants aux mots restants (figés) et ceci sur plusieurs niveaux :de lecture. En relation avec le vécu et l'histoire du mineur.

Claudie Lenzi
Claudie Lenzi

LES EMPAQUETAGES
Je sors de son contenant d'aluminium, une denrée alimentaire : le petit carré frais Gervais dont je conserve ensuite l'emballage. Je prends conscience de cet acte quotidien que je répète chaque matin.
En dépliant ce petit carré d'aluminium, J'erre vais tous les matins aux mines râlent en (g)rève et je me dis que pour arriver à ce petit carré, il y a des hommes sous terre qui triment dur et qui ont eu faim…

J'inscris au fil des mois, un geste le même, défaire pour reconstruire matin après matin. Je ligature des fragments de temps pour trouver du sens aux choses jetables, sur table.
Je m'attache à ces petits bouts de rien, ces petits bouts de vie qui va, qui vient, et se répètent jour après jour. Je déplie, déguste, récupère, lave, sèche. Puis, je classe ces petits carrés, des plus plats aux plus pliés, des plus lisses aux plus cornés. Inlassablement rassembler, réemployer pour faire revivre ce qui doit oublié

Claudie Lenzi
Claudie Lenzi

2- La machine à Fleurets
Hauteur 150, diamètre 40 cm
Machine tournante présentant 15 fleurets moulés, alu, bauxite et matières diverses
Le fleuret est l'outil du mineur. C'est une tige d'acier d'un engin servant à creuset, à percer.
La machine met en scène le bruit, toujours incessant dans la mine, et l'usure du fleuret reflètant celle des ouvriers.

LES MOULAGES

Je moule chaque jour un casque et un fleuret de bauxite.

Je me confronte à la matière, je (me) salis, je lave, je rince les outils. Pourtant la trace rouge demeure. Mon atelier ressemble à un carreau de mine.

Claudie Lenzi Claudie Lenzi

1- Les Casques de mineurs «
Port du casque obligatoire »

30 casques moulés, bauxite et matériaux divers
On y retrouve le nombre de 30 relatif aux 30 portraits des mineurs.
Chaque casque est un moulage unique fait de bauxite et de ciment. Sont insérés dans ces moulages des indices et clins d'œil divers à la profession: des bougies, des lampes en référence à l'éclairage des galeries, de l'herbe verte, celle de la Sainte Barbe qui recouvre progressivement la terre rouge et le passé des mines.

Claudie Lenzi Claudie Lenzi              Claudie Lenzi

BORNE INTERACTIVE « POINTAGE »
Format 120 X120
Dans un carré de bauxite, les portraits de 30 mineurs du bassin Brignolais,
INTERACTIF : mettre des noms à chaque visage. Trouver les noms de famille (à gauche) grâce à des jeux de mots inscrits autour des portraits.
Exemple le portrait n° 22 (chiffres noir) où est inscrit : « il n'a pas le bourdon » doit se connecter au n°1(chiffre blanc) des noms de famille : Marcel Abeille. Pour que la connexion se fasse, il faut pointer chaque fiche (noire et rouge) uniquement sur du métal : celui des boulons près des noms de famille et le métal autour des portraits. Si la lampe du casque du mineur s'allume, vous avez trouvé la bonne réponse.

Claudie Lenzi Claudie Lenzi Claudie Lenzi
PERFORMANCE LORS DU VERNISSAGE T'as mis le temps qu'il faut
Claudie Lenzi Claudie Lenzi
MÉLODIE EN SOUS SOL MINEUR par Micheline Simon
La musique du travail de Claudie Lenzi joue de notre mémoire, réhabilite l'enfance en ricochant de l'écriture aux arts visuels.
Donnez-lui un mot, vous lui donnez un monde. Mineurs, mines de bauxite…
Disponible aux résonances
Elle prend la parole pour mieux être à l'écoute, se rend disponible aux résonances jusqu'au mimétisme. Parce que la mine est là dès le matin dans notre assiette, enrobant le beurre ou le fromage, Claudie Lenzi s'en empare et la transforme, réalise des moules, des moulages, monotypes, gravures… Elle s'enfonce dans le travail, creuse, exploite, extrait jusqu'à remonter à la pleine lumière le résultat de ses investigations.
Travail salissant, laborieux et solitaire, de fourmi/cigale dont la journée commence par le petit carré frais référence à son travail sur l'emballage aluminium du « petit carré Gervais » et se termine en souillant le lavabo de l'atelier des adhérences grasses de la bauxite.
Ses recherches l'amènent à explorer les sites (Combe­cave, Peygros, La Brasque, Pélicon, le puits de la Misère…) car la réflexion commence par la vérification sur place, un relevé des indices, une observation attentive et sensible des vestiges.
Ses cahiers/carnets (exposés à la Galerie 1/52 à La Seyne sur mer du 22 janvier au 19 février 2011) conservent les traces de toutes ces prospections, ces histoires que l'artiste tisse, ces pistes qu'elle défriche dans un dédale de possibles à coup de croquis, plans, photos, prises de notes…
Remonter à l'origine
La trace est ici appréhendée comme une volonté de remonter à l'origine, à la source. Doit en émerger une mémoire vive, rien ne doit passer à la trappe, dissout dans l'ombre d'un inconscient collectif. Le passage au crible devient l'étape incontournable de la transformation, le geste ouvrier du veilleur de mémoire*.
Scruter, décrypter, examiner, filtrer, tamiser… Dans l'atelier de Claudie Lenzi, ce magma originel prend forme ou plutôt des formes, l'espace en est tout bouleversé. Des mutations s'opèrent, et se ramifient, du rouge de la bauxite au vert de la Provence (verte), la couleur déploie les complémentaires, du labeur au loisir, de la chair de la terre (mines) au liseré du monde (golf). Le brouhaha va trouver son tempo, devenir musique.
Dans TROUS DE MÉMOIRE (Vis ta mine) poésie et arts plastiques se conjuguent, entretiennent des relations complexes, subtiles, qui abolissent toute linéarité, en quête d'un métalangage. Le livre exhibe ses pages moulées entre minerai et aluminium, devient sculpture et s'accroche au mur comme un tableau à lire.
Les mots comme matière
Les lettres, les syllabes, les mots comme matière de la phrase, la phrase matière du texte ; excavation, un retour sur soi ; casque, une histoire ; conflit social, un autre lexique :
revendiquer = verbe du premier groupe qui rime avec égalité ;
aluminium = Alzheimer, oubli pathologique de notre histoire ouvrière, les droits du travail…
La machine vient alors compenser nos incapacités, métaphore de nos circuits/systèmes intérieurs (corps individuel) ou extérieurs (corps social), elle aide à nous souvenir…
Ne pas oublier l'humain, les hommes et les visages, les photos-portraits des mineurs, leurs prénoms, viennent, et comme par évidence trouvent leur place dans la partition…
Ne pas oublier l'humain
Les voix et les paroles prises dans les rencontres témoignent des conditions de vie ou de mort à la mine, la sueur, l'obscurité, le bruit, l'accident, l'amitié…
Les femmes, elles, parlent de ce rouge persistant qui imprègne le quotidien, les visages et les ongles, l'eau du lavoir.
Du singulier au collectif… et retour.
Claudie lenzi cherche à multiplier les signes pour pallier à leur insuffisance, inventer des néo-graphismes, des calembours visuels pour lutter contre l'arbitraire du signe, une aspiration à l'art total qui nous sortirait enfin de la conception de l'œuvre d'art séparée du monde.
Le spectateur est sollicité, il va aussi devoir fouiller en lui, creuser dans sa différence, et c'est par la singularité de son expérience qu'il saura déchiffrer la nécessité du dire de l'artiste, son langage obligé. Claudie Lenzi lui fait confiance.
Claudie Lenzi
Claudie Lenzi
Claudie Lenzi